Sans le moindre rival capable de l’inquiéter, Jonas Vingegaard n’a eu aucune difficulté à s’imposer sur ce Giro, glanant en prime cinq victoires d’étape. Il rejoint le club très fermé des vainqueurs sur les trois Grand Tours (ils sont huit désormais à avoir réussi cet exploit). Felix Gall, son dauphin, est relégué à plus de cinq minutes mais ce Giro nous a fourni du suspense ailleurs et de mémorables étapes, avec notamment les belles performances d’Afonso Eulálio, Paul Magnier et Jonathan Narváez.
Le vainqueur : Jonas Vingegaaard
À part sur le chrono de la 10ème étape où il a semblé un peu en dedans, ne terminant que 13ème sans parvenir à s’emparer du maillot rose qui semblait lui tendre les bras, Vingegaard a réalisé un Tour d’Italie parfait, tout en contrôle et en maîtrise. Il est monté en puissance, remportant ses deux premières étapes avec 13 et 12 secondes d’avance sur Gall, puis 49 secondes lors de sa troisième victoire, avant de reléguer l’Autrichien à 1’09 et 1’15 lors de ses deux derniers succès. La seule étape de montagne avec une arrivée au sommet qu’il n’a pas gagnée, c’est son équipier Sepp Kuss qui est allé la chercher.
Apparu détendu et même jovial en interview, toujours entouré par sa famille, l’image de Vingegaard continue aussi de progresser. Il n’est plus le robot froid d’avant, mais le simple père de famille qui se contente des plaisirs simples de la vie, humble et généreux, mais aussi avec un tempérament en course plus offensif, comme son attaque dans le final de la 2ème étape l’a montré. Alors que la popularité de Pogačar se dégrade un peu à cause de son ultra-domination, le public devrait être très partagé entre le Slovène et le Danois sur le prochain Tour de France (à l’exception des Français qui n’auront d’yeux que pour Seixas).
Les tops : Afonso Eulálio, Jonathan Narváez, Felix Gall
Il n’a pas gagné d’étape mais c’est très certainement le coureur dont on aura le plus parlé sur ce Giro. Après avoir terminé 2ème de l’exceptionnelle étape 5 remportée par Igor Arrieta, Eulalio s’est paré du maillot rose et s’y est accroché durant neuf jours avant de le céder. Le Portugais ne s’est pas démobilisé pour autant et a livré une performance inattendue, parvenant à terminer 6ème du classement général final et surtout en remportant le maillot blanc de meilleur jeune.
La Team Emirates a vécu un cauchemar lors de la 2ème étape, perdant ses trois leaders d’un coup sur une chute massive (Yates, Vine et Soler), mais ce coup du sort a eu le mérite de libérer Narváez, devenu intenable. Il a alors remporté trois étapes pour puncheurs, se glissant très souvent dans les échappées, et il était bien parti pour remporter le maillot ciclamino mais son abandon lors de la 19ème étape, après être foncé dans un bus la veille après la course, a finalement laissé le champ libre à Paul Magnier pour remporter ce maillot. Avec lui-aussi trois victoires d’étape, le Français a été un autre des grands bonhommes de cette édition, prouvant qu’il faisait désormais partie des tops sprinteurs. Même si la chute lors du final de l’étape 6, Fredrik Dversnes qui piégeait le peloton dans l’étape 15 et un problème mécanique dans le sprint de la dernière étape remportée par Milan, l’ont empêché de faire une véritable razzia.
Felix Gall aurait signé d’emblée pour une 2ème place au classement général, le consacrant le meilleur des autres. Et avec cinq 2ème places sur chacune des victoires de Vingegaard, il était clairement son adversaire numéro un. Grâce à cette belle performance, il termine sur le podium d’un Grand Tour pour la première fois de sa carrière. Jay Hindley, ancien vainqueur, peut aussi être content de sa 3ème place, tout comme Gee-West (5ème après un mauvais départ), Piganzoli (8ème), Caruso (9ème pour son dernier Giro) ou Rondel (11ème et premier Français).
À noter aussi la belle performance collective de l’XDS Astana Team qui a réussi à glaner trois victoires d’étape grâce à l’opportunisme de Guillermo Thomas Silva, Davide Ballerini et Alberto Bettiol, alors que Ganna sur le chrono, Alec Segaert en faisant le coup du kilomètre dans l’étape 12 et Michael Valgren au bout d’une échappée victorieuse ont aussi ramené une victoire pour leur équipe. Et ce n’était pas évident car seules 9 équipes sur 23 ont réussi à décrocher un bouquet.
La contre-performance : Giulio Pellizzari
On l’imaginait bien être l’adversaire le plus coriace de Jonas Vingegaard, mais le jeune Italien a d’abord déçu avant de sombrer. Encore dans le coup lors de la première étape de montagne, même s’il perdait déjà près d’une minute sur Gall, il n’a fini que 22ème lors de la deuxième arrivée au sommet. Il a fini par complètement exploser lors de la 16ème étape, terminant à plus de 18 minutes de Vingegaard. Il a essayé de prendre des échappées ensuite, sans succès. Pellizzari finit 21ème du général, à 58’16 du leader, lui que l’on pensait voir sur le podium et avec le maillot de meilleur jeune.
Les flops : Enric Mas, Tobias Lund Andresen, António Morgado
À part sa 2ème place dans un duel perdu d’avance face à Narváez dans l’étape 11, Enric Mas a été fantomatique, avec une 20ème place comme second meilleur résultat sur une étape. Sans jamais avoir réussi à peser sur la course, il finit 32ème du général, soit son plus mauvais classement sur un Grand Tour depuis sa toute première Vuelta en 2017, lui qui restait sur huit top 6 lors de ses treize derniers Grands Tours. Sa première participation au Giro est donc à oublier. Egan Bernal (10ème), Ben O’Connor (16ème malgré une bonne première semaine) ou Alessandro Pinarello (61ème) ont aussi été en-deça de leurs standards ou des attentes placées en eux.
Tobias Lund Andresen semblait un des principaux concurrents à Magnier et Milan, mais c’est finalement Groenewegen qui, bien qu’il n’ait pas réussi à gagner, a joué le rôle de troisième homme sur les sprints. Plus que ses performances sur les sprints massifs (tout de même 2ème de la 1ère étape avant de disparaître), c’est son incapacité à être là dans le final des étapes plus vallonnées qui a déçu, alors que des coureurs comme Aular, Zambanini ou Strong étaient toujours dans le coup. Malucelli (un seul top 10), Mozzato (7ème comme meilleur classement) et Van Uden (10ème au mieux) se sont aussi ratés chez les sprinteurs.
Si Narváez a parfaitement profité de l’absence de ses leaders pour se montrer, tout comme Arrieta, Christen (assez actif) et Bjerg (à qui Narváez doit une de ses victoires), António Morgado a été plus que discret. Il n’a jamais pris la moindre échappée, n’a jamais travaillé en tête de peloton, et sa 22ème place lors de la dernière étape est son meilleur résultat des trois semaines. Brieuc Rolland, Jefferson Alexander Cepeda ou Alan Hatherly sont d’autres coureurs qui ont traversé ce Giro comme des ombres alors que l’on pouvait attendre plus d’eux.
La mention spéciale : Andreas Leknessund
Les principaux animateurs de la course ont été les coureurs de la Polti VisitMalta, avec Diego Pablo Sevilla (753km en échappée) et Mattia Bais (9 fois à l’avant), ainsi que Manuele Tarozzi de la Bardiani (lauréat du classement des sprints intermédiaires) et Giulio Ciccone (qui a réussi son objectif de remporter le maillot de meilleur grimpeur), mais c’est le coureur de l’Uno-X Andreas Leknessund qui est passé le plus près de la victoire sans y parvenir. Incapable de résister à la puissance de Narváez dans l’étape 8, contré dans le final de la dernière ascension par Bettiol dans l’étape 13 et surpris par l’attaque sous la flamme rouge de Valgren dans l’étape 17, Leknessund termine ce Giro avec trois frustrantes 2ème places sur des étapes. Dur à encaisser pour un coureur qui ne compte qu’une seule victoire en World Tour dans sa carrière.
CLASSEMENT GÉNÉRAL
| Pos. | Coureur | Équipe | Temps |
|---|---|---|---|
| 1. | Jonas VINGEGAARD | Team Visma – Lease A Bike | 83h22m51s |
| 2. | Felix GALL | Decathlon CMA CGM Team | +5m22s |
| 3. | Jai HINDLEY | Red Bull – BORA – Hansgrohe | +6m25s |
| 4. | Thymen ARENSMAN | Netcompany INEOS | +7m02s |
| 5. | Derek GEE-WEST | Lidl – Trek | +7m56s |
| 6. | Afonso EULÁLIO | Bahrain – Victorious | +9m39s |
| 7. | Michael STORER | Tudor Pro Cycling Team | +10m13s |
| 8. | Davide PIGANZOLI | Team Visma – Lease A Bike | +10m52s |
| 9. | Damiano CARUSO | Bahrain – Victorious | +11m24s |
| 10. | Egan BERNAL | Netcompany INEOS | +12m54s |
CLASSEMENT PAR POINTS
| Pos. | Coureur | Équipe | Points |
|---|---|---|---|
| 1. | Paul MAGNIER | Soudal Quick-Step | 200 |
| 2. | Jonathan MILAN | Lidl – Trek | 153 |
| 3. | Guillermo THOMAS SILVA | XDS Astana Team | 99 |
| 4. | Andreas LEKNESSUND | Uno-X Mobility | 87 |
| 5. | Jonas VINGEGAARD | Team Visma – Lease A Bike | 81 |
CLASSEMENT DE LA MONTAGNE
| Pos. | Coureur | Équipe | Points |
|---|---|---|---|
| 1. | Giulio CICCONE | Lidl – Trek | 277 |
| 2. | Jonas VINGEGAARD | Team Visma – Lease A Bike | 266 |
| 3. | Einer RUBIO | Movistar Team | 164 |
| 4. | Felix GALL | Decathlon CMA CGM Team | 124 |
| 5. | Jardi Christian VAN DER LEE | EF Education – EasyPost | 108 |
CLASSEMENT DU MEILLEUR JEUNE
| Pos. | Coureur | Équipe | Points |
|---|---|---|---|
| 1. | Afonso EULÁLIO | Bahrain – Victorious | 83h32m30s |
| 2. | Davide PIGANZOLI | Team Visma – Lease A Bike | +1m13s |
| 3. | Mathys RONDEL | Tudor Pro Cycling Team | +5m33s |
| 4. | Johannes KULSET | Uno-X Mobility | +24m47s |
| 5. | Igor ARRIETA | UAE Team Emirates – XRG | +46m11s |

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